Vivre le deuil par l’art

9 janvier 2012
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André Laroche | La Tribune | Samedi 10 décembre 2011 

SHERBROOKE — L’art visuel peut aider les proches d’un défunt à réfléchir sur leur perte, la comprendre et trouver une voie pour l’exprimer. C’est ce que permet la galerie d’art Zone Art à la Coopérative funéraire de l’Estrie.

Une seconde exposition sur le deuil a été inaugurée le mois dernier. Onze artistes ont accroché leurs oeuvres aux cimaises de la salle où se reposent habituellement les familles après les funérailles. Autour d’elles se retrouvent des photographies, des techniques mixtes, des aquarelles ou encore des sculptures.

Madeleine Audette, une artiste multidisciplinaire, propose par exemple une huile intitulée Le calvaire, dans laquelle s’insère un tableau religieux retrouvé dans le grenier de son oncle John-Owen Donigan. À tervers un paysage sombre, elle a reproduit quatre vers de ce poète magogois décédé en 1959 à l’âge de 98 ans.

«Je n’avais aucune idée de ce qui se trouvait dans ce cadre. Il était recouvert de poussière. C’est le nettoyant méticuleusement que j’ai découvert cette image liturgique. Elle a été le point de départ du tableau», a raconté cette touche-à-tout qui signe une œuvre numérique.

À l’aide du logiciel Photoshop, cette grand-mère de 86 ans a amalgamé deux photos de bûches de bois séchées et fendillées pour faire apparaître un étrange visage émacié, apparenté au Saint Suaire. Les photographies avaient été prises à l’origine par sa petite-fille, Marianne Audette-Chapdelaine.

Isabelle Renaud manipule également les photographies pour faire surgir une seconde lecture aux images.

Ainsi, l’une de ses œuvres montre un vieil avion délabré tout près d’une piste de décollage sous un ciel nuageux. Au loin se trouve une éclaircie. L’image est maculée de gouttes rouge sang. «Avec le corps qui s’effrite avec l’âge, il y a un deuil à faire pour la vie physique. Mais on peut penser à ce qui est possible là-haut.» explique-t-elle.

Cette artiste avoue ses appréhensions sur les réactions suscitées par son art. «Les personnes qui viennent ici sont fragiles et je ne voulais pas leur faire mal. Je m’attendais à voir mon œuvre retirée. Mais les commentaires sont positifs», a-t-elle confié, heureuse de cet accueil.

1000 bobos

Un peu plus loin, une série de bandages sont exposés dans de petits cadres blancs bien alignés. L’ensemble provoque une forte image, à la fois enfantine, clinique et aseptisée. «C’est une série qui s’insère dans un projet sur les blessures», explique l’artiste Nathalie Bandulet.

Ce projet artistique, appelé Les 1000 bobos, est né d’un atelier avec des enfants de 3 à 5 ans. Elle leur expliquait comment guérir des arbres blessés. «Ils étaient bien fiers de montrer leurs echymoses et leurs bandages», a-t-elle raconté.

Cette rencontre lui a fait prendre conscience du regard des enfants sur leurs blessures pour se réconforter et en faire des attributs spécifiques à eux en vue d’une guérison. Ces blessures leur servent non seulement à mieux se connaître, mais également à éprouver de la compassion pour les autres blessures de la vie.

Nathalie Bandulet souhaite créer une grande mosaïque dans laquelle tous pourront confier un de leurs bobos.