Souvenirs / remembrances : l’exposition

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La reconstruction est-elle possible ?

Madame Suzanne Pressé, coordonnatrice des expositions et de l’animation, voulait donner un électrochoc à sa programmation. « J’aime les artistes qui dérangent artistiquement par leur engagement social » m’a t-elle dit avec un sourire en coin. L’objectif est atteint ! La commissaire nous propose deux expositions qui traitent d’un même thème : celui des conflits armés, mais en deux mises en scène totalement différentes. D’un côté, c’est une réalité très froide du traitement médiatique du conflit qui nous est présenté, de l’autre c’est davantage l’espoir et la reconstruction. J’aimerais préciser que l’exposition n’est pas moralisatrice.

Si la vie vous intéresse…

C’est la première fois que je mettais les pieds dans un mémorial. Le silence, omniprésent, offrait un espace propice au recueillement et à la réflexion. C’est dans cette pièce aux couleurs cathodiques, que je mesurais l’ampleur de notre implication dans le conflit qui sévit en Afghanistan. Sur les murs, 154 soldats, hommes et femmes, souriants, le regard fier, nous fixe de leur immortalité. Le mémorial n’est pas réel, pas plus que les ravages de ces soldats et soldates morts au combat. Rien n’est réel, tout est aseptisé.

L’indifférence prend le dessus sur ce drame humain. La scène se déroule trop loin et depuis trop longtemps. Une brève parution dans le journal télévisé de 17 h entre une publicité de céréales bon marché et une superbe solde de meubles de salon. C’est justement par ce détachement créé par le véhicule médiatique que nous sont présenté ces hommes et ces femmes qui meurent en mettant le pied sur une bombe artisanale. L’image projetée par l’écran est loin de la réalité, ce filtre masque une vérité trop affreuse. Voilà où l’artiste Tobey C. Anderson nous amène avec ses 154 peintures de soldats canadiens tombés au combat, il nous démontre l’ampleur des dégâts. Le rouge, le vert et le bleu sont les couleurs dominantes, un choix réfléchi puisqu’elles font référence aux couleurs du spectre télévisuel. L’ensemble de l’exposition est illuminé par une lumière ultraviolette, ce qui apporte un côté très pop à tous ces morts. Le choc est doux, comme à la télé.

Espoir sur soie

En sortant du mémorial, trois immenses mannequins vêtus de robes de soie nous accueillent. La grandeur des personnages, neuf pieds, est très impressionnante. Ces trois dames se présentent tels des phares dans une nuit d’orage. Elles sont comme une représentation des guides qui tiendront nos soldats sur la bonne voie à travers champs et villages afin qu’ils reviennent des vieux pays, victorieux. L’ombrage des avions situés au fond de la salle amène une ambiance d’un espoir qui renaît. La guerre semble loin, passée, maintenant c’est l’heure de la reconstruction.

Ces femmes revêtent des robes de soie où sont imprimées des cartes géographiques de l’Europe. Lors de la deuxième guerre mondiale, ces cartes étaient envoyées aux soldats canadiens afin qu’ils puissent suivre les déplacements de leurs compatriotes en pays hostile. La soie était le matériau idéal car très résistante, elle protégeait des intempéries les précieuses informations inscrites sur les cartes. Carolyn Wren s’est intéressée au travail des femmes pendant la deuxième grande guerre, et elle s’est surtout passionnée pour la récupération de matériel militaire faite par les femmes. Après le conflit, les cartes de soie ont été recyclées pour servir à la confection de robes. L’œuvre de l’artiste rend un hommage à l’ingéniosité de ces femmes, mais aussi à l’espoir qui naquit à la fin des hostilités.

Vous pouvez visiter l’exposition Souvenirs/Remembrances jusqu’au 6 mars à la Galerie d’art de l’Université de Sherbrooke. Les heures d’ouverture de la galerie sont du lundi au dimanche de 12 h à 17 h ainsi que les soirs de spectacle, soit entre 18 h et 21 h 30. L’entrée est gratuite.

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