Regards croisés sur les plantes du Québec
Par Monique Nadeau-Saumier
Pour inaugurer son nouveau pavillon, un Espace pour la vie, le Jardin botanique de Montréal a choisi de présenter, dans la grande salle vitrée au Centre de la biodiversité de l’Université de Montréal, une quarantaine d’œuvres de l’artiste sherbrookoise Hélène Richard.
L’exposition REGARDS CROISÉS sur les plantes du Québec explore d’abord le regard de l’artiste et sa vision de la nature où se côtoient art et science. Car, bien qu’il ne s’agisse pas ici d’illustration botanique dans le sens scientifique du terme, les fleurs sauvages d’Hélène Richard traduisent la beauté des espèces végétales naturelles avec une rigoureuse précision.
En introduction, sur la première cimaise, un tableau représentant la sarracénie pourpre, l’une des plantes préférées du frère Marie-Victorin, fondateur du Jardin botanique. Transposée par l’artiste, cette plante insectivore brille d’un éclat particulier avec sa fleur insolite en forme de parasol penché. Puis, le parcours de l’exposition dévoile peu à peu une magnifique série de nos fleurs indigènes, allant de l’iris versicolore, à la mauve musquée et au lis du Canada.
Pour reprendre les mots de M. Gilles Vincent, directeur du Jardin botanique de Montréal : « Pour un botaniste, chacun de ces spécimens est une œuvre d’art, un chef-d’œuvre de la nature. Par son grand talent, son sens d’observation typique d’un botaniste professionnel et une technique unique, l’artiste Hélène Richard réussit à illustrer magnifiquement la splendeur du monde végétal, sa fragilité, mais aussi sa grande diversité. »
Cette technique unique est le fruit d’une longue pratique du dessin, de l’estampe et de la peinture. Cette pratique débute à l’École des beaux-arts de Québec. Hélène Richard poursuit ensuite sa formation artistique aux États-Unis et en France. Sans négliger pour autant sa carrière de peintre, elle pratique avec succès l’art de la gravure et édite de nombreuses estampes : eaux-fortes, sérigraphies et bois debout.
On ne peut trop insister sur le processus de création qui est à l’origine de chaque tableau présenté dans l’exposition. Ce processus connote une recherche sur le terrain qui mène à la découverte de la fleur in situ et en saison, suivie d’une observation minutieuse dont découlera un premier dessin, car l’artiste traîne toujours avec elle son carnet de croquis.
Puis, le temps du faire, de la préparation du support, de la manipulation du papier fait main, toujours recyclé d’anciennes estampes de l’artiste. Sur ce support texturé, un autre dessin, plus complexe, explore les diverses composantes de la plante : système radiculaire, tige, bourgeon, feuille, fleur en bouton, bouquet floral, fruit. Comme pour les dessins botaniques scientifiques, ces éléments sont regroupés sur une même planche dans une série de détails autour d’un dessin central. Et l’artiste doit aussi composer avec les contraintes suivantes : le format de l’ouvrage, la dimension des planches et l’échelle des fleurs qui varie considérablement. Parfois la plante est dessinée segmentée ou présentée agrandie au centre pour varier la disposition des éléments.
Ensuite, c’est l’application des pigments colorés en couches superposées de couleur-matière : acrylique, huile, etc. Le support comporte autant de taches, essuyages, grattages, graphismes que l’artiste peut imaginer. Les zones saturées de couleurs lumineuses sont entourées de zones plus sombres, toutes en variations et en nuances. La fleur émerge de ce support palimpseste, à la fois parfaitement reconnaissable et transformée par l’imagination de l’artiste.
Enfin, arrive la calligraphie qui nous informe sur le nom botanique, latin et vernaculaire, de la fleur, parfois elle décrit les caractères biologiques de certaines parties de la plante, à l’occasion ses usages et propriétés. C’est ici que se manifeste l’art de la gravure que Richard a si longtemps exploré. Car la main qui tient le burin et creuse légèrement la surface texturée de l’œuvre est informée par la connaissance de l’outil, par la conscience de l’artisane qui choisit une belle écriture, juste et limpide, pour inscrire cette nomenclature qui ajoute à la beauté de la fleur en lui donnant ses titres de noblesse.
En choisissant de présenter l’œuvre de l’artiste sherbrookoise Hélène Richard pour son exposition inaugurale, le Centre de la biodiversité lui rend un hommage bien mérité. Cet honneur rejaillit sur le milieu des arts visuels des Cantons-de-l’Est dans lequel Hélène Richard s’est impliquée activement dès son arrivée à Sherbrooke il y a plus de trente ans. Elle a siégé au conseil du Regroupement des Artistes des Cantons de l’Est (RACE) fondé au début des années 1970 qui avait pour principaux objectifs la recherche et la diffusion en art visuel actuel. Particulièrement active dans le milieu de l’estampe, elle pratique plusieurs techniques dont l’eau-forte, la gravure sur bois debout et la sérigraphie. Elle a déjà partagé son savoir en donnant des cours en art graphique aux ateliers d’animation culturelle et à l’Université de Sherbrooke.
Le Jardin botanique de Montréal, un Espace pour la vie, convie le grand public à visiter cette exposition des œuvres de l’artiste-peintre Hélène Richard, REGARDS CROISÉS/ SHARED VISIONS, qui se poursuit jusqu’au 31 octobre
Monique Nadeau-Saumier, Ph. D.
Historienne de l’art



