Regard sur la collection d’oeuvres d’art de la ville de Sherbrooke

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La collection d’œuvres d’art et de monuments commémoratifs de la Ville de Sherbrooke : nous la côtoyons quotidiennement, certaines œuvres nous sautent aux yeux tandis que d’autres se fondent dans le décor. De l’arrondissement de Brompton à ceux de Lennoxville et de Rock-Forest, la collection orne nos murs, embellit nos parcs, enrichit le décor urbain et pourtant, qu’en savons-nous vraiment?

Histoire

L’histoire de la collection municipale n’est pas linéaire; d’abord parce qu’avant les années 80, même si la Ville possédait quelques monuments commémoratifs, on ne parlait pas de leur ensemble comme d’une collection en soi. Il faudra attendre 1983 pour voir l’entrée en vigueur
de la première politique culturelle de la Ville et parler d’une « collection ».

En 1982, la collection se composait d’une quarantaine d’œuvres, principalement des tableaux et des monuments commémoratifs comme le cénotaphe siégeant au sommet de la rue King au centre-ville depuis 1926. Au fil des ans et grâce à la multiplication des efforts pour rehausser l’environnement urbain, la collection s’est élargie et regroupe aujourd’hui 241 œuvres que l’on peut diviser en deux grandes catégories : les œuvres mobilières et les œuvres d’art public.

L’art mobilier

Par « mobilier » on entend tout œuvre qui n’est pas partie intégrante du lieu où elle est exposée et qui peut être déplacée comme un tableau, une sculpture ou un objet d’art décoratif. La grande majorité de la collection municipale est de ce type et se compose de 195 tableaux, estampes, sculptures et objets d’art décoratifs que l’on retrouve dans les espaces publics municipaux tels que les bibliothèques, les bureaux des arrondissements et l’Hôtel de Ville, par exemple. Toutes les œuvres sont exposées en permanence.

L’art public

À l’opposé de l’art mobilier, l’art « public » est conçu spécifiquement pour un lieu, en relation avec le bâtiment, le site ou l’espace qui l’accueille. On le retrouve donc dans les parcs, sur les places publiques, en bordure des autoroutes, dans les édifices publics : gares, hôpitaux, établissements d’enseignement, bibliothèques, salles de spectacles, palais de justice ou postes de police. Historiquement, l’art public était d’abord constitué de monuments commémoratifs mais les dernières décennies ont vu éclater ce modèle pour laisser place à une multitude de formes et de genres.

 

La Ville de Sherbrooke possède 46 œuvres d’art public, et se constitue de sculptures et d’installations comme celles que l’on retrouve en face du Centre des arts de la scène Jean-Besré, de peintures (incluant les murales de M.U.R.I.R.S. et des tableaux intégrés à l’architecture comme on en trouve dans le hall d’honneur de l’Hôtel de Ville), de bas-reliefs (Palais des Sports, Parc André-Viger), et de monuments commémoratifs comme celui dédié au Frère Théode dans le parc du même nom, et le monument aux anciens combattants de l’arrondissement de Lennoxville, pour en nommer que ceux-là.

C’est au cours de la dernière décennie que la collection a connu sa plus grande période de croissance, notamment avec la création de la Commission des arts visuels en 2000 et l’instauration par la Ville de sa propre Politique de gestion et de développement de la collection d’art et de l’environnement visuel[i] en 2000. La collection s’agrandit davantage en 2002, avec la fusion des municipalités puis en 2010, la collection reçoit le nom officiel de « collection d’œuvres d’art et de monuments commémoratifs de la Ville de Sherbrooke ».

Notez qu’il faut distinguer les œuvres publiques de la Ville d’une soixantaine d’autres œuvres publiques créées dans le cadre de la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement (aussi connue sous « Programme du 1% ») du Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition Féminine[ii]. C’est donc dire que nous autres citoyens avons plus d’une centaine d’œuvres d’art public sous les yeux en permanence qui elles, appartiennent à deux collections différentes. Vous me suivez?

Mais qui gère cette collection?

C’est à la Division de la culture de la Ville de Sherbrooke que revient la gestion de la collection, qui englobe toutes les activités liées à l’acquisition, la documentation, la conservation et la mise en valeur des œuvres. La collection demande beaucoup d’attention et un entretien parfois spécialisé. Officiellement les premiers grands travaux de conservation-restauration sur dix œuvres de la collection ont eu lieu en 1999, dont le Monument aux Braves de la rue King Ouest et la Fontaine commémorative James-Simpson-Mitchell du parc du même nom (toutes deux par l’artiste George W. Hill), qui nécessitaient des interventions expertes.

 

Voyant les besoins de la collection se complexifier au début des années 2000, la Division de la culture s’est adjoint les services d’une chargée de la gestion de la collection d’art. Sa formation en muséologie combinée à son expérience en conservation des biens culturels ont permis de sensibiliser l’administration à l’importance de l’établissement d’un programme d’entretien pour une collection de cette envergure. La gestionnaire de la collection est appuyée par une Agente Professionnelle de Développement Culturel, qui en assure l’aspect plus administratif.

Puisque la collection est présente dans des lieux publics et des édifices municipaux, les interventions autour, ou sur les œuvres exigent souvent une collaboration ponctuelle entre divers services de la Ville, des artistes et des experts : architectes, ingénieurs, évaluateurs, restaurateurs, historiens de l’art, etc. Ces opérations sont souvent complexes mais essentielles au point qu’en 2007 la Ville s’est engagée dans un programme de conservation préventive triennale avec le Centre de conservation du Québec. Depuis, toutes les œuvres de la collection ont été examinées par des experts en restauration-conservation, et des lignes directrices sur leur entretien ont été tracées pour répondre spécifiquement à leurs besoins. Le projet a été complété en 2010 et Sherbrooke compte parmi les villes pionnières en matière de conservation d’art public à grande échelle. Dans la mesure où la Ville poursuit sa volonté de développer le volet culturel et touristique local, la collection continuera de grandir et ces initiatives en assureront la conservation.

Au final, les œuvres d’art public n’ont pas pour seul but d’embellir les lieux : elles nous permettent de côtoyer l’art sous toutes ses formes et de diffuser le travail des artistes québécois et permettre à ceux-ci de collaborer à l’enrichissement de notre cadre de vie par la présence de l’art. La Division de la culture entend faire mieux connaître la collection au grand public dans les prochaines années, des projets sont en gestation aussi restez à l’affût! En attendant je vous invite à lever la tête quand vous arpentez les rues de la ville car l’art est partout…

Marie-Chantale Poisson est restauratrice d’œuvres d’art spécialisée dans la peinture et l’art contemporain. Faites parvenir vos questions et commentaires à mcp@mcpconservation.com

 


[i] Ces concours sont ouverts à tout artiste dont la résidence principale ou l’atelier est situé en Estrie. Ils sont généralement annoncés dans les journaux de la région et les artistes inscrits au Répertoire culturel de la Ville de Sherbrooke en sont aussi informés par courriel.

[ii] La Liste des œuvres réalisées dans le cadre de la Politique d’intégration des arts (1961-2009) par région peut être consultée en suivant ce lien : http://www.mcccf.gouv.qc.ca/index.php?id=2052

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