Petite histoire du vandalisme

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À la suite de l’intrusion dans les locaux de Zone-Art par des voleurs, j’étais surprise de constater que ces derniers, non contents de se sauver avec tout le matos informatique, s’étaient en plus attardés à vandaliser les murs d’injures.  Au même moment, je recevais une demande pour réparer une œuvre extérieure défigurée par des voyous.  Même si les deux événements sont éloignés dans leur contexte, il n’e reste pas moins que ces actes s’inscrivent dans un même courant d’agression commises sur des œuvres d’art ou envers des organismes qui les représentent; il m’a donc semblé opportun de faire du vandalisme le sujet de la présente chronique…

Le « vandale » est défini comme quelqu’un qui détruit, endommage gravement des édifices publics ou des œuvres d’art (Larousse).  Le terme tel qu’il est utilisé aujourd’hui fut introduit par l’évêque Henri Grégoire en 1793 pour désigner le comportement destructeur des révolutionnaires français vis-à-vis de certains monuments.  Grégoire faisait alors référence aux Vandales, une horde germanique connue pour avoir mis à sac Rome en 445.

Les premiers actes connus de vandalisme remonteraient à la Grèce antique, sous forme de graffitis gravés dans la pierre (fig. 1).  Cette pratique se retrouve dans de nombreuses cultures anciennes: on en retrouve dans les vestiges de Pompéi, chez les Mayas, les Vikings, les Égyptiens…  Il est intéressant de constater que le sujet n’a guère changé depuis des millénaires : il s’agit de petits dessins caricaturaux ou le plus souvent, d’inscriptions du type injurieux, des déclarations d’amour ou des commentaires politiques, des « X was here ».  Le besoin d’être vu et entendu est universel…

Fig. 1 : l’un des plus anciens graffitis connus serait une publicité pour de la prostitution : un cœur (amour), un pied indiquant le nombre de pas vers la destination, et une main ouverte pour signifier le prix… (ville d’Éphèse, aujourd’hui en Turquie)

Depuis lors, le vandalisme a pris de nombreuses formes, qui se distinguent selon les motivations de l’auteur :
Au 8e siècle débute la période iconoclaste byzantine, alors que l’Empereur Léon III ordonne la destruction des icônes du Christ, de la Vierge et des Saints.  Des milliers d’œuvres seront alors détruites au cours de ces campagnes.  Dans le même ordre d’idée, on retrouve d’innombrables cas de vandalisme en temps de guerre ou lors de changements de gouvernement.  Le vandalisme politique et religieux se pratique encore de nos jours, que l’on pense à la destruction des effigies de Lénine après la chute de l’empire soviétique ou plus récemment, la destruction des représentations de Bouddha entreprise par les Talibans en Afghanistan (fig. 2).  Ce type de vandalisme est avant tout une prise de position et de pouvoir visant  à éliminer une idéologie en effaçant ses représentations symboliques de la mémoire collective.  Dans une certaine mesure, les graffitis produits par les gangs de rue ou des individus sur les édifices et monuments publics sont une forme de vandalisme idéologique à caractère plus social celui-là.

Fig. 2 : L’un des grands Bouddhas de Bamian, en Afghanistan avant (gauche) et après sa destruction par des militants talibans en 2001.

Dans ce même courant idéologique on peut inclure la censure, dont les cas les plus flagrants remontent au 16e siècle, après l’adoption du Concile de Trente : une vague de mutilation déferle alors sur les marbres grecs et les grandes fresques italiennes pour camoufler la nudité des personnages avec des feuilles de vigne, comme l’avaient fait Adam et Ève en des temps immémoriaux…

L’Expulsion d’Adam et Ève du Jardin d’Eden, fresque de Masaccio, Florence, Italie. Avant et après sa restauration. Tableau peint en 1425, altéré en 1680, et restauré en 1980. (source : Wikipedia)

Le vandalisme mercantile est une autre forme très répandue dans toutes les cultures et dans toutes les époques, avec la mise en pièce d’œuvres monumentales à des fins de revente, le pillage de tombes, la refonte de sculptures de bronze ou de pièces d’orfèvrerie pour la revente du métal, etc.  Ce type de vandalisme est souvent associé à la guerre et à la misère.

L’instabilité émotionnelle de certains individus est la cause de bons nombres d’attaques dirigées contre des œuvres d’art souvent très connues.  Bien que les motivations individuelles diffèrent, il s’agit la plupart du temps d’une réaction violente – mais pas toujours négative, disons-le – d’un individu face à une œuvre ou à son symbolisme.  Avec l’instauration des musées comme autant de temples de l’art et la sacralisation de certaines œuvres comme la Mona Lisa de daVinci ou La Guernica de Picasso, le XXe siècle a vu la multiplication des attaques sur les œuvres d’art : projection d’acide sulfurique, de peinture ou de sang, tirs d’arme à feu, coups de poings, coups de couteaux, coups de marteaux, incendies,  mais aussi des baisers, des morsures, des griffures…  la liste est longue!  Elles auront toutefois un trait commun : le désir de détruire ces émotions à la source.

Autoportrait de Rembrandt vandalisé en 1977 à l’acide sulfurique par un homme devenu instable à la suite du décès de sa femme

Si aucune forme d’art n’est épargnée par le vandalisme, il n’en reste pas moins que la forme la plus répandue trouve sa source dans la bêtise et l’ignorance, pour lesquelles l’art moderne et contemporain sont une cible de choix.  En effet, on constate que lors d’attaques en musées ou sur des œuvres extérieures, l’art moderne est généralement plus touché que l’art traditionnel.  On peut expliquer ce phénomène du fait que l’art moderne est souvent non-figuratif, qu’il n’est plus nécessairement synonyme de beauté et surtout que son sens est moins accessible.  Il en résulte que certains non-initiés sont frustrés de n’y rien comprendre et s’en ressentent « diminués » voire insultés.  Ce sentiment est d’autant plus prononcé lorsqu’une œuvre semble « facile à reproduire » car elle ne demande pas une grande maîtrise technique à première vue, comme dans le cas d’abstraction géométrique ou d’objets trouvés, par exemple.  Une certaine résistance au changement face à la nouveauté ainsi qu’une apportée par les œuvres contemporaine est aussi en cause.

En somme, si le vandalisme semble avoir toujours existé, il se trouve sous des formes diverses dont les causes sont enracinées au plus profond du psychisme humain.  Bien que les statistiques démontrent une tendance à la hausse depuis les années 1970, il reste que l’éducation et l’ouverture d’esprit restent la meilleure prévention contre la destruction de l’art sous toutes ses formes.

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