Musée, ouvre-toi!

29 février 2012

« Grâce aux artistes, le musée a encore les moyens de faire réfléchir. »

Au dire de Dominique Sirois-Rouleau, commissaire d’Insertion. Contamination. Dispersion., exposition qui assiège le Musée des beaux-arts de Sherbrooke (MBAS) jusqu’au 3 juin, il n’y a aucunement péril en la demeure. La lune de miel a beau être terminée, l’union entre artistes et institutions muséales est du type gagnant-gagnant, enrichie d’une inoffensive dépendance affective. « Les musées veulent des pratiques intéressantes, rappelle-t-elle. Pour se démarquer, ils doivent avoir une direction pertinente, qui s’incarne dans l’actualité. »

 Et ces jours-ci, la révolte fait manchette. Alors que nous tentons d’établir un parallèle entre les nobles fonctions artistiques des musées et l’inévitable délinquance des artistes, la commissaire utilise tout de go son droit de réplique. « Ce n’est pas la délinquance qui est inévitable. C’est l’inverse. La collaboration est inévitable. Plusieurs des grands mouvements artistiques sont fondés sur cette opposition. » La délinquance finit toujours par être récupérée. « Toute la crise de l’art contemporain est basée là-dessus. Personne ne veut de sous-fifres qui font exactement ce qu’on leur dit. On demande aux artistes d’être transgressifs pour mieux les intégrer. »

Ruer dans les brancards peut donc paver la voie à une évolution des pratiques artistiques. « L’histoire de l’art a inclus des choses étonnantes, comme l’art conceptuel, et des pratiques visuelles hyper marginales. Le discours des historiens s’adapte. Des démarches parmi les plus radicales sont maintenant intégrées dans un processus historique on ne peut plus classique. »

Avec humour

Insertion. Contamination. Dispersion. témoigne d’une nouvelle lucidité à l’égard de l’interdépendance entre musées et artistes. « Avoir un discours, réfléchir au rôle d’une exposition, c’est super, mais l’affaire – et les artistes d’aujourd’hui en sont conscients -, c’est que tu fais de l’art pour que ce soit vu. »

Suite à l’invitation de la commissaire Sirois-Rouleau, ils sont huit à se voir faire voir au MBAS: Patrick Bérubé, David K. Ross, Mathieu Beauséjour, Simon Bilodeau, Arnaud Baysset, Marc-Antoine K. Phaneuf, Dominique Sirois et Adad Hannah. « Je ne suis pas allée chercher des œuvres. J’ai sélectionné des artistes dont je connaissais le travail. Ils ont été inspirés par l’idée de l’expo et par la latitude que leur laissait le musée. »

 

Marc-Antoine Phaneuf-Madame Lemay

Au-delà de la salle principale du rez-de-chaussée, on retrouve des œuvres dans la voûte du musée, la salle de ventilation et la collection permanente. Entourée des paysages de la collection du MBAS, l’œuvre de Marc-Antoine K Phaneuf joue subtilement le jeu de la délinquance: « Il y a un propos sur la collection, sur sa valeur. Son œuvre, c’est une collection de petites cuillères qu’il a accrochées sur un panneau trouvé. C’est l’œuvre la plus critique de l’expo. »

Mais c’est Simon Bilodeau qui résume le mieux l’idée derrière Insertion. Contamination. Dispersion. Son œuvre est son nom, éclaté en plusieurs morceaux; pour se retrouver sur le meilleur mur du musée, il a découpé son « tableau ». « Ça illustre bien l’adaptabilité des artistes. »

L’exposition témoigne également que l’humour s’avère parfois la carte atout des artistes. « C’est la première manière d’aller chercher le public. Une fois accroché, il peut passer au deuxième niveau qui touche au thème de l’expo. Ensuite, il y a toutes les interactions entre les œuvres,
la façon dont elles se complètent. » Appelons ça du badinage artistique.

 

L’exposition Insertion. Contamination. Dispersion. estprésentée au Musée des beaux-arts de Sherbrooke jusqu’au 3 juin 2012.

mbas.qc.ca