MURIRS : un succès mur à mur
Par Marie-Chantale Poisson
En septembre dernier, le groupe MURIRS inaugurait sa 12e murale intitulée « Cœur, culture et pédagogie » sur la rue Belvédère. Célébrant l’essor de la culture sherbrookoise et le monde de l’éducation dont le plateau Marquette a été le témoin majeur à Sherbrooke depuis sa fondation, le sujet abordé dans cette murale me semble résumer parfaitement la mission que s’est donné MURIRS depuis quinze ans : éduquer et rassembler une population disparate autour d’une histoire commune qui est riche. « Sherbrooke plus qu’une ville » d’accord, mais qu’est-elle exactement?
« Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens »
MURIRS c’est d’abord l’histoire d’une idée, celle qu’à eu son président et fondateur Serge Malenfant à la fin des années 1990. À l’approche du bicentenaire de Sherbrooke, dont il est natif et à laquelle il est profondément attaché, Malenfant a élaboré le projet de créer une murale commémorative au centre-ville. Pour cet illustrateur et scénographe de formation, il s’agissait non seulement de sortir l’art du cadre intime de l’atelier pour le lancer dans la sphère sociale, mais aussi de redonner sa dignité à un centre-ville alors décrépi en célébrant son histoire. « Les gens ne connaissent pas leur histoire; la plupart ne connaissent même pas l’origine du nom de « Sherbrooke », pour moi ça n’a pas de sens! »[1] avoue-t-il. Pour donner corps au projet et obtenir du financement, il crée un organisme à but non lucratif sous l’acronyme M.U.R.I.R.S. (Murales Urbaines à Revitalisation d’Immeubles et de Réconciliation Sociale).
Les premières années de MURIRS seront en bonne partie consacrées à traduire cette idée en chiffres, comme l’explique Malenfant : « Mon but était avant tout de créer un produit d’appel touristique et pour convaincre la ville, il me fallait arriver avec un projet concret et un budget bien défini ». Après des mois de recherches et de planification, sans compter les obstacles administratifs, la Murale du bicentenaire verra enfin le jour en 2001. Dès son inauguration elle attire les curieux et surtout, fait réaliser aux Sherbrookois qu’ils ont une histoire intéressante. Fort de ce succès, MURIRS propose une seconde murale et pour le reste, vous connaissez la suite …[2]
On peut dire aujourd’hui que MURIRS a gagné son pari de démocratisation : leurs œuvres monumentales ont donné un visage à notre ville en communiquant un message allant au-delà d’une simple volonté de faire du beau. « J’ai toujours cru que l’art et l’histoire devaient être accessibles. Sherbrooke a une histoire riche et celle qui est racontée dans les murales est une porte d’entrée vers les autres sources d’information qui sont à notre portée, comme le Musée de la nature et des sciences et la Société d’histoire. J’essaie d’intéresser les jeunes et les moins jeunes.» De fait MURIRS s’est impliqué auprès de la jeunesse en difficulté dès le départ en participant à des programmes de réinsertion sociale et des campagnes de sensibilisation favorisant le développement de la créativité. Et que dire du fait que depuis sa fondation, MURIRS a donné de l’emploi à une trentaine d’artistes-peintres d’ici et d’ailleurs? Même si le gros du travail est saisonnier et que c’est physiquement difficile, la création d’emploi dans un petit milieu culturel toujours à court de moyens est un superbe accomplissement
Construire un futur sur des bases solides
La Ville de Sherbrooke est l’un des principaux financeurs des murales, mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’argent ne provient pas du budget culturel, mais bien de celui du tourisme. De fait, les murales sont devenues le plus grand attrait touristique à caractère familial de Sherbrooke. Les circuits guidés se multiplient et les gens viennent de plus en plus loin pour admirer les murales. « Ce qui me fait le plus plaisir dans tout ça, c’est que c’est le public lui-même qui est notre meilleur ambassadeur des murales. Les gens les aiment, ils en sont fiers et ils amènent leurs amis ou la famille les voir; ils partagent leur histoire… » confie Malenfant.
Maintenant que le circuit des murales est bien établi, Malenfant souhaite passer en deuxième vitesse : « Le projet de MURIRS a toujours été pensé en deux phases, dont la première était de créer cet attrait touristique unique. La phase deux elle consisterait à créer un événement culturel d’envergure autour de l’art urbain, comme par exemple créant un symposium d’art mural dans le même esprit que Mural Routes à Toronto. Sherbrooke souffre d’une ambigüité : elle n’est pas une grande ville, mais ce n’est pas non plus une petite communauté. Pourquoi ne pas garder ce caractère unique et lui donner une voix qui marquerait cette différence? Rien ne nous empêche de faire de Sherbrooke la capitale de l’art mural au Canada ». De fait, MURIRS travaille tant et si bien que de plus en plus de muralistes d’ailleurs se tournent vers eux pour profiter de leur expérience. « C’est certain qu’on a développé une bonne expertise technique avec les années, mais il y a aussi qu’on est un peu avantagés dans les domaines connexes comme tout ce qui touche le légal ou l’utilisation des technologies comme outils de diffusion (pensons à « Mémoire vive », le premier circuit patrimonial sur iPad mis sur pied en partenariat avec la Société d’histoire l’an dernier). Parce qu’on a un produit centralisé et cohérent en plus du fait d’être un organisme à but non lucratif, nous sommes bien structurés et nous avons accès à des ressources que les autres n’ont pas nécessairement.»
En attendant, MURIRS continue sa course : « On est toujours très content d’achever une murale mais l’automne n’est jamais très, très relaxant malgré ce qu’on pourrait penser » confie Malenfant entre deux rendez-vous professionnels… un samedi. Car on pense déjà aux nouveaux projets, toujours à l’affût de nouveaux murs, à consulter des archives ou à donner des conseils. Cette phase 2 pourrait bien se concrétiser en 2014, alors que Sherbrooke pourrait être désignée ville hôte pour la 9e conférence biennale de l’association internationale d’art mural « Global Mural ». Rappelons que 2014 est également l’année où Sherbrooke espère être élue Capitale culturelle du Canada, on peut difficilement espérer un meilleur timing. Comme quoi quand la passion et l’énergie y sont, une idée peut changer bien des choses. Longue vie à MURIRS!
Marie-Chantale Poisson est restauratrice d’œuvres d’art spécialisée dans la peinture et l’art contemporain. Faites parvenir vos questions et commentaires à mcp@mcpconservation.com
CHLT-TV 50 ans à notre image Partie 1
[1] Fondé en 1802 par Gilbert Hyatt, un loyaliste venu coloniser la région, le hameau de Hyatt’s Mill fut rebaptisé en 1818 d’après Sir John Coape Sherbrooke (1764–1840), un militaire qui fut gouverneur en chef de l’Amérique du Nord britannique de 1816 à 1818.
[2] Pour en savoir plus sur la confection et les sujets abordés dans chacune des murales, je vous invite à regarder l’excellente série de capsules vidéo produites dans le cadre de l’émission « La vie en Estrie » en 2009 qui sont disponibles via la page Facebook de MURIRS…



