Matérialiser le vide

17 août 2011

Qu’est-ce qui se trouve entre deux personnes? Qu’est-ce qui se passe entre le spectateur et une œuvre? De quoi est composé l’espace entre les deux sujets? Voilà ce qui sous-tend la démarche de Valérie J. Gosselin, définir l’énergie qui passe dans le vide. Lors de son passage au Salon du printemps des artistes des Cantons-de-l’Est au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, Valérie tentait cette recherche par le biais de son installation Interlignes. Le spectateur se devait de respecter une ligne frontière le séparant de l’œuvre. Devant cette série de visages tous différents les uns des autres, il devenait l’observateur observé.

Les centaines de petits yeux torturés l’amenaient à ressentir l’énergie qui emplissait l’espace vide devant lui. «Certaines personnes signifiaient une intolérance au vide par un vif mouvement de recul, c’est dans ces moments-là que je sais que ma démarche est pertinente.» Inspirée par des mouvements sociologiques sur les interrelations créées dans les divers réseaux sociaux, Valérie peaufine et précise son angle de recherche et surtout d’expérimentation. C’est en analysant la réaction des gens par rapport à leur relation avec le vide ou le manque, que son œuvre tend à se définir et à devenir un laboratoire.

Évidemment, les créations et la démarche de Valérie intègrent le spectateur. Par contre, il est clair pour l’artiste, que celle-ci ne veut pas brusquer celui qui regarde «nous ne retrouvons par la violence genre «dans ta face» propre à certaines créations des années 90» oui, elle souhaite brasser le spectateur, mais avec une approche réflexive plutôt que physique.

Prochainement, Valérie nous présentera le fruit d’une nouvelle expérimentation et c’est la Galerie Steve Saint-Pierre qui sera l’hôte de cette installation. L’artiste invitera les spectateurs à se promener sous une centaine de petites boules de barbelés, ce vide, ainsi matérialisé, laisse le loisir aux gens d’expérimenter l’émotion qui est liée à cette présence. L’utilisation du barbelé présente le vide comme un lieu à risque, un terrain où il est facile de se blesser. C’est ainsi, qu’emprisonné sous cette chape, chacun et chacune apprivoisera son vide ou du moins l’expérimentera. Encore une fois, l’artiste cherche à établir un état d’instabilité pour le visiteur, non pas par une action agressive, mais plutôt qui porte sur l’émotion ressentie. Évidemment, le choix du barbelé provoque de façon un peu plus directement. L’aspect rouillé, dangereux ainsi que tous les repères que représentent les barbelés au fil de l’Histoire, mettent la table d’une façon assez drastique. «Je suis une artiste qui aime provoquer, c’est dans le choix du médium que je réalise ce désir.» Par contre, Valérie aime provoquer son public, mais toujours avec une idée d’expérimentation émotionnelle «je n’aime pas faire réagir les gens pour le simple plaisir de la provocation» souligne-t-elle. L’aspect humain est très important pour elle et le respect des gens aussi. C’est pourquoi, elle n’imposera jamais au spectateur un chemin qu’il ne voudrait ou ne serait prêt à prendre.

Les oeuvres de Valérie J. Gosselin sera exposées à partir du 18 août à la Galerie Steve Saint-Pierre. Si vous voulez en savoir plus au sujet de Valérie, je vous invite fortement à visiter son site Internet qui est le www.valeriejgosselin.com