Luc St-Jacques : un bol d’art pur

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J’ai eu le grand plaisir de passer quelques heures en compagnie de l’artiste multidisciplinaire Luc St-Jacques, alors que celui-ci a gentiment offert de me faire découvrir le site de sa plus récente exposition Mange l’art mange, dans le Sentier des Mélèzes à Entre cimes et racines, à Eastman.  Fort impliqué dans le milieu artistique estrien depuis plus de vingt ans, Luc St-Jacques est à l’image de son territoire : généreux et sans prétention.

Dès le premier abord, il m’est apparu comme un observateur attentionné qui garde les pieds sur terre; on peut penser que des années passées à présider un organisme comme le Regroupement des Artistes des Cantons de l’Est (R.A.C.E.) l’ont amené à jeter un regard pragmatique sur le milieu et sa propre production.  On sent chez-lui un certain détachement, ou plutôt une grande acceptation du hasard : l’art est une activité d’exploration naturelle sans forme distincte qui coule de soi, et bien ancré dans le réel.

Le hasard et la nature sont d’ailleurs les lieux privilégiés de sa démarche depuis plusieurs années : « J’aborde la nature comme un objet, un territoire me permettant de questionner l’art (…) Dans cet atelier à ciel ouvert, l’apprivoisement et l’abandon joue un rôle actif dans le processus créatif.  La nature devient partie prenante des étapes de création ».  Avec son nouveau projet Mange l’art mange, créé à partir d’interventions in situ en milieux extérieurs naturels et urbains, Luc St-Jacques nous replace en position d’humilité face à la nature en laissant l’animal définir la forme de l’œuvre…

« L’humble dans l’art »
Le projet Mange l’art mange, ce sont d’abord des petites sculptures comestibles laissées en pâture aux animaux sauvages sur divers sites extérieurs en 2009.  Confectionnés à partir de pâte à pain, les objets sont des représentations de concepts issus de la pensée humaine comme la psychologie, la philosophie et l’art, symbolisés ici par un cerveau, là une embarcation, ou encore une reproduction en miniature de la fameuse Roue de bicyclette de Marcel Duchamp, par exemple.  St-Jacques a donc placé ces objets au sol ou sur des socles en milieu naturel, puis a capturé des images des animaux les dévorant au moyen de caméras de surveillance comme en utilisent les chasseurs.

De tout ce matériel, il a ensuite tiré une sélection d’images et de vidéos qui forment maintenant les deux expositions présentées quasi simultanément en milieux extérieurs à Eastman et à l’Avenir.  Sur le Sentier des mélèzes à Entre cimes et racines (Eastman), un site d’hébergement en écogîtes situé en forêt, St-Jacques a suspendu entre les arbres cinq toiles numériques recto-verso avec dessins au pastel sec ; une vidéo réalisée à partir du matériel brut est également présentée dans le chalet d’accueil.  Le résultat est autant ludique qu’il se veut une réflexion sur les contrastes entre la pensée humaine et animale, entre le primitif et la technologie.  Cet exercice d’abandon – puisque ce sont les animaux et leur environnement qui déterminent la nature de l’œuvre – c’est aussi un retour aux sources pour l’artiste qui se fait à la fois coureur des bois et boulanger pour l’occasion.  L’humour et l’absurde émergent de ces œuvres: les images en noir et blanc et les ajouts graphiques montrent des animaux surdimensionnés sortis de leur contexte ; le tout étant intégré dans un milieu naturel met en lumière les rapports parfois absurdes entre l’objet et son image.  Il va sans dire que le choix des lieux d’exposition apportent une dimension supplémentaire à l’œuvre d’abord parce qu’ils sont exposés aux éléments, mais aussi par leur qualité esthétique puisqu’il faut suivre les magnifiques sentiers boisés (Eastman) ou parcourir des jardins illuminés de soir (L’Avenir) pour y accéder.

L’origine du projet Mange l’art mange prend sa source dans L’écran originel, un projet entrepris en 2006 élaboré autour de l’eau comme objet de réflexion.  C’est en côtoyant les animaux sauvages au cours d’explorations aux abords de rivières que Luc St-Jacques a réalisé que ceux-ci ne s’intéressaient à lui que s’il avait de la nourriture à leur offrir.  Cette réflexion sur la nature des relations entre l’homme et l’animal a ainsi fait son chemin : « Dans mes récents travaux, le technologique et le primitif se côtoient mettant en évidence un nouveau rapport à la nature, à l’objet et à l’image qui en émerge.  De chaque projet réalisé je tire un filon donnant le point de départ de la recherche subséquente».  St-Jacques ne semble pas avoir encore épuisé ce nouveau filon car avec Mange l’art mange les idées continuent de foisonner, il est peut-être question d’un nouveau format d’exposition extérieure…

Parcours
Originaire de Magog, Luc St-Jacques a d’abord étudié le graphisme au Collège de Sherbrooke, puis la gravure, pour ensuite se diriger vers les arts plastiques avec un baccalauréat à l’UQÀM dans les années 80.  Voué à une carrière dans l’enseignement des arts, il découvre rapidement que cette voie ne sera pas la sienne et obtient un poste de coordonnateur à la galerie Horace, gérée par le R.A.C.E.  Il passera de coordonnateur à président du R.A.C.E. en 1993, fonction qu’il occupera pendant huit ans.

Depuis 2001, St-Jacques mène deux métiers de front : celui de graphiste et d’artiste multidisciplinaire  Sa carrière artistique a été ponctuée de nombreuses bourses et prix, et ses œuvres tant individuelles que collectives, ont été vues principalement au Québec, mais aussi en France, au Mexique, en Espagne, en Argentine et aux Etats-Unis.  Si le graphisme constitue d’abord une nécessité alimentaire pour St-Jacques, il n’en reste pas moins que les outils qu’il est amené à utiliser trouvent leur application directe dans son œuvre : manipulations d’images numériques, montages vidéos, bandes sonores, etc.  L’utilisation de ces médiums demeure toutefois un moyen et non une fin pour St-Jacques qui garde, heureusement pour nous, sa dimension humaine.

Mange l’art mange : 26 juin au 6 septembre dans le Sentier des Mélèzes à Entre cimes et racines, Eastman, Qc
Entre cimes et racines est un lieu d’hébergement en écogîtes en pleine forêt.  L’exposition est ouverte tous les jours de 10h à 17h.  L’accès aux 15km de sentiers et à l’exposition est au coût de 5$ par personne.  Pour information sur Entre cimes et racines : www.entrecimesetracines.com

Mange l’art mange 2.0 du 16 juillet au 21 août aux Jardins Lumières à L’Avenir, Qc
Une autre version du projet Mange l’art mange regroupant trois toiles et une vidéo est présentée sur le site des Jardins Lumières en bordure de la rivière Saint-François. L’exposition est accessible lors des concerts en soirée : www.jardins-lumieres.com

Un catalogue d’exposition est distribué gratuitement lors des deux événements.

Pour voir la vidéo présentée dans le cadre de l’exposition : http://www.zone-art.ca/video-luc-st-jacques

Pour plus d’informations sur Luc St-Jacques, consultez son site web au www.lucstjacques.com






[i] http://lucstjacques.com/demarche/


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