Les symposiums, la voix du commerce ou de l’Art?
Par Lise Laverdière

Les symposiums fournissent-ils à l’artiste-peintre un type d’achalandage cible ou ne contribuent-ils pas plutôt à générer une clientèle, source de revenus exponentiels, aux marchands de l’endroit où se déroule l’événement?
Oui, les symposiums se révèlent être une plaque tournante fort achalandée pour diffuser le travail d’un artiste, mais à la lumière de l’expérience que je viens de vivre, ce type d’événement me semble plus propice à financer les activités mercantiles des marchands des villes et villages qu’à soutenir la carrière d’un artiste-peintre. Le public cible des artistes et des marchands de l’endroit est constitué par l’ensemble des exposants et des badeaux qui circulent sur le site!
En général, le public cible pour l’artiste tout comme pour les marchands de la place où se tient l’événement ce sont les exposants. J’ai vécu pour la première fois de ma carrière ce type d’expérience au cours de l’été 2010. Je couvert mes dépenses car j’ai vendu quelques tableaux, mais je n’ai apprécié l’expérience que parce que j’ai rencontré sur les lieux, parmi tous les exposants, quelques beaux artistes-peintres. Il y avait une belle synergie entre nous. Nous étions un beau et bon public les uns pour les autres.
Je l’avoue, j’ai trouvé un peu déprimants les contacts avec le public.

Sur le terrain, ne circulaient pas nécessairement des connaisseurs, ou même des amateurs d’art, mais plutôt des passants qui parfois ne levaient même pas les yeux sur les kiosques. Aussi, sur ce lot de personnes qui n’ont aucun intérêt pour l’art, et qui circulent tout de même autour des kiosques –ne serait-ce parfois que pour se frayer un chemin jusqu’à la sortie du site, ce type de croisement avec le public m’est vite devenu assomant.
À l’occasion, fort heureusement, quelques personnes intéressées se sont procurées des oeuvres d’artistes, et certains d’entres nous ont pu générer des profits intéressants, peut-être pas à la mesure des commerçants environnants, mais des ventes tout de même satisfaisantes. Il faut bien le dire, selon le type d’art (paysage, nature morte, art naïf), certains artistes réussissent à vendre une production fort intéressante lors des symposiums.
Si je décidais de renouveler l’expérience des symposiums, ce serait parce que, comme certains de ces artistes, j’ai aussi à vendre de menus objets, des articles dérivés sur lesquels mes oeuvres sont imprimées. Monsieur et Madame tout le monde achètent ce type d’art pendant les symposiums, je dirais même qu’ils en rafollent. Ou alors ce serait parce que je me retrouve en compagnie d’artistes de renom dans une campagne reculée, ou même dans un champ, loin des badeaux et des curieux; là où seuls les réels amateurs et amoureux d’art trouveraient intérêt à se déplacer pour nous y rencontrer et partager sur l’art.
Au FIMA à Montréal, l’expérience m’a notamment ouvert les yeux sur une autre réalité. Le kiosque où je me trouvais était situé au bout d’une rue face à un petit bar miteux et le soir, mon emplacement de même que celui de ma voisine n’étaient pas éclairés à cause d’un problème relevant de l’organisation.
Évidemment, nous devions payer notre location même si ce «petit» contretemps nous désavantageait toutes deux.
J’ai alors empaqueté mes tableaux et laissé tomber l’aventure. J’avais l’impression que cet événement servait davantage les intérêts des commerçants de la rue Sainte-Catherine que ceux des artistes. J’en ai déduit que lors de ces symposiums si courus par les artistes, c’est en fait l’ensemble des artistes qui, à moindre coût pour l’organisation puisqu’on nous fait payer la participation à l’événement, devient la clientèle cible, pour le plus grand bénifice des marchands.
Certains artistes en ressortent gagnants, d’autres plutôt déçus. C’est que l’effort consacré à la mise sur pied d’un kiosque est plutôt onéreux. Dans un premier temps, il faut emballer puis trimbaler plus de 25 oeuvres pour y participer. Ensuite, à certains endroits où l’événement se déroule à l’extérieur, l’artiste doit monter et démonter son kiosque tous les jours. Enfin, il lui faut s’équiper de supports, d’éclairage et parfois même d’un chapiteau. Finalement, un coût pouvant varier entre 200$ et 800$, et parfois même plus, est facturé à l’artiste pour sa participation, sans parler du fait qu’il doive se loger pendant son séjour.
L’économiste Adam Smith prônait que pour servir l’intérêt de la collectivité, chacun doit d’abord servir ses propres intérêts. En fait, si tous agissent ainsi, l’économie ne s’en porte que mieux.
Si nous faisions le bilan des symposiums, ne constaterions-nous pas finalement que les artistes, après avoir investis temps et argent pour louer kiosques et logis, et se nourrir sur place, ne servent justement qu’à financer ce type d’activité? Au fond, les artistes participent en grand nombre à l’achalandage des activités mercantiles des marchands locaux. Au FIMA, environ 300 exposants louent des espaces sur la rue Sainte-Catherine. Les publicités portent sur l’achalandage, mais les artistes globalement en retirent-ils vraiment un réel bénéfice tant au niveau de leur carrière qu’au niveau financier?
Est-ce que je ressors déçue de l’expérience? Non, car je n’y ai pas perdu financièrement. Et l’expérience m’a porté à réfléchir sur la mise en marché de mon travail. J’ai decidé de replacer mes tableaux dans les galeries, du moins dans les grandes villes.
Auparavant, ça me choquait de devoir donner 50% ou plus sur mes ventes, mais aujourd’hui je réalise que cette mise en marché ciblée par des connaisseurs est l’avenue tout indiquée pour placer les oeuvres d’un artiste sur le marché de l’art. Je sais maintenant que le coût des ventes pour cette précieuse mise en marché vaut son pesant d’or.
