Le sculpteur Matthieu Binette et l’artiste peintre Caroline Guérard
Par Alain Jacques
Deux artistes de la région de Sherbrooke sont à l’honneur durant tout le mois de juin à la Galerie des artistes du Canton de Magog : « La couleur des ceintures », huile sur carton de Caroline Guérard ainsi que les sculptures de Matthieu Binette.
La salle « Mobilis » regroupe une trentaine de sculptures de Matthieu Binette. Il s’agit d’une première exposition solo à l’extérieur de son principal lieu de travail : La Nef (centre d’art à Sherbrooke). Matthieu a été très actif ces dernières années, notamment lors du Salon du printemps (Musée des beaux-arts de Sherbrooke), du Flora International 2007 et du Festival International Montréal en Arts 2007.
Les sculptures de Matthieu sont reconnaissables par leur apparence haute et filancée, par sa technique qui consiste à faire fondre des cintres goutte à goutte. À l’occasion, le tout est attaché avec des pièces de métal. Si les personnages texturés,
aux formes allongées, font un rappel indirect au sculpteur et peintre Giacometti – surtout ses squelettes filiformes -, la ressemblance s’arrête ici. Depuis son voyage en Asie du sud-est, les familiers de cet artiste constatent un changement : les œuvres ont davantage de rondeur, de mouvance même, et des thématiques nouvelles apparaissent, dont celle des anges. Ce sont de petites sculptures placées sur un papier avec un ombrage d’encre de Chine (le tout dans un cadre-vitre). « Ces anges portent un double ombrage. Dépendamment de l’éclairage, une troisième ombre s’installe. C’est vraiment intéressant de voir évoluer un artiste de la trempe de Matthieu », raconte Lorraine O’Cain, la galeriste qui présente les œuvres de l’artiste depuis sept ans.
Caroline Guérard est également une artiste bien connue de cette galerie puisque ses œuvres y sont exposées depuis les débuts. Pour cette exposition, dans la salle « Jacques Boisvert », en plus de quelques sculptures, on y découvre vingt-deux œuvres picturales réalisées à partir d’objets et de matières qu’elle recycle elle-même. Dans un texte de présentation, elle décrit en quelque sorte sa démarche : « Ainsi, la ceinture devient la métaphore de ce qui nous retient ou encore de ce que nous faisons pour nous libérer et évoluer en s’ajustant aux situations qui se présentent dans nos vies ».
En fait, la technique pour « La couleur des ceintures » peut se résumer à peindre à l’huile sur un fond créé à partir de bouts de cartons découpés sur lequel on a inséré une partie d’une ceinture. L’effet particulier, presque sculptural des oeuvres, mêlé aux scènes colorées, invitant à de grandes perspectives, est tout à fait magique. Tout de suite, le spectateur est plongé dans l’univers merveilleux et fantastique de l’artiste qui n’hésite pas à donner un caractère ludique à ses œuvres – caractéristique de Caroline Guérard. On assiste à une puissante imagination tourbillonnante ou comme l’écrivait Tolkien, une sorte de « consistante interne de la réalité », un monde imaginaire où les repères symboliques se présentent aux spectateurs comme dans une histoire, un récit légendaire. Caroline a d’ailleurs un monde spécifique qui la suit depuis plusieurs années – elle a auto-édité un livre d’artiste d’une soixantaine de pages où ses sculptures, ses personnages et ses lieux prennent forme.
Question de temps, l’univers quasi phantasmique de cette artiste va se retrouver dans d’autres médiums : l’animation ou encore l’illustration de livres.



