Le peintre Marc Séguin laisse sa trace sur les œuvres de Guy Tremblay

26 juin 2013

Une rencontre inusitée entre deux artistes

Celine, photographie argentique virée au sélénium  avec intervention de Marc Séguin à l'acrylique Le photographe Guy Tremblay aime provoquer la réflexion, créer un questionnement avec ses œuvres. Il souhaite également que sa photo soit plus engagée socialement. En se butant à un cul-de-sac créatif lors de l’élaboration de sa dernière série de portraits, il aura réussi à intégrer une nouvelle dimension à ses œuvres tout en s’impliquant dans sa communauté. Compte-rendu d’un soi-disant échec transformé en réussite, par la rencontre inusitée entre deux artistes.

Finissant  au diplôme de 2e cycle en pratiques artistiques actuelles à l’Université de Sherbrooke, le photographe Guy Tremblay a choisi de s’imposer une contrainte en travaillant sur la série de photos qu’il allait présenter lors de l’exposition finale de sa cohorte.

« J’aime le portrait, mais je cherchais une façon de le faire différemment. » Il a donc intégré l’aspect de la temporalité à ses œuvres en fixant le temps d’exposition de la pellicule à 4 secondes. « Je trouve intéressant de voir que cet instant, ce 4 secondes de vie, a changé la configuration moléculaire de la pellicule. J’étais vraiment en-dehors de ma zone de confort, tous les sujets sont flous, je n’avais jamais fait ça. J’explorais cette dimension. »

Gabriel, photographie argentique virée au sélénium  avec intervention de Marc Séguin à l'acrylique Le résultat, cependant, le laisse perplexe et Guy Tremblay sent que la série ne va pas assez loin sur le plan créatif. « J’ai d’abord pensé vandaliser mes photos avec de la peinture, des graffitis.  Puis j’ai pensé à Marc Séguin. Je lui ai demandé s’il accepterait de vandaliser mes œuvres, en échange de quoi je m’engageais à remettre tous les profits de leur vente à la Coalition sherbrookoise des travailleurs de rue et au Tremplin 16-30. »

Contrairement à ce qu’il anticipait, le renommé artiste peintre accepte et amène une toute autre dimension au travail photographique que Guy Tremblay lui soumet. « Il n’a pas vandalisé mes œuvres, il les a interprétées. On reconnaît que c’est du Marc Séguin et du Guy Tremblay. Il a respecté ce que j’ai fait, il a ajouté sa touche, et le mélange des deux donne un résultat complètement différent. »

« Pour un artiste comme moi, c’est un lâcher-prise total, j’abandonne mon œuvre aux mains d’un autre. Il avait carte blanche. Je trouve intéressant de voir comment il a réagi. Pour certaines son intervention est très rationnelle, alors que pour d’autres c’est plutôt intuitif. »

Guy (Auto-portrait), photographie argentique virée au sélénium  avec intervention de Marc Séguin à l'acrylique Les interventions de l’artiste peintre sur les photographies de Guy Tremblay sont variées et prennent la forme d’une tache, d’un accent, d’une déchirure dans la toile même, selon l’œuvre. Il est intéressant de constater à quel point Séguin a « senti » les œuvres de Tremblay, en ajoutant un détail en parfaite harmonie avec le sujet de la photo – par exemple, par un simple trait sur la silhouette floue d’un des professeurs en arts actuels de l’UdeS qui, ironiquement, enseigne le tracé régulateur. « Il ne le savait pas du tout, c’est un hasard. Il a senti la photo » explique Guy Tremblay. « Je n’anticipais rien. J’ai eu une surprise et elle a été agréable. Quand il m’a ramené les œuvres, on les a regardées ensemble et j’avais des fous rires tellement j’étais heureux du résultat. »

En territoire inconnu

Guy Tremblay a choisi de demander la collaboration de Marc Séguin en raison de son admiration pour le travail du peintre, mais aussi parce qu’il savait que le processus allait amener ses photographies en territoire inconnu. « Les œuvres de Marc Séguin sont très dérangeantes. Il ajoute une couleur, une petite tache de peinture et ça vient tout casser, tu te demandes qu’est-ce qui se passe? Pourquoi il fait ça? On ne peut pas l’expliquer, mais ça marche tout le temps. »

Maxime, photographie argentique virée au sélénium  avec intervention de Marc Séguin à l'acrylique Le photographe est heureux d’avoir ainsi pu collaborer avec un artiste de grand talent tout en contribuant à une cause qui lui tient à cœur. Il enseigne d’ailleurs la photographie au Tremplin et aux jeunes de la rue via la Coalition sherbrookoise des travailleurs de rue, à qui iront tous les profits de la vente des œuvres cosignées par les deux artistes. Notons que pour les rendre accessibles aux gens de la région et pour que le milieu s’approprie les œuvres autant que les organismes à qui iront les profits, leur prix de vente a été fixé à 450$.

Pour les prochains mois, Guy Tremblay compte travailler sur une série de paysages urbains, tout en se préparant pour un atelier de photographie qu’il dirigera l’été prochain au Ladakh, voisin du Tibet. Il aimerait évidemment avoir l’occasion de retravailler avec Marc Séguin. « Mais je ne veux pas refaire la même chose, répéter la même recette, j’irais plus loin. Je pourrais prendre des photographies de ses œuvres et les retravailler en chambre noire, pourquoi pas… Sky’s the limit! »

Art 9, exposition des finissants du Diplôme de 2e cycle en Pratiques artistiques actuelles

À la galerie du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke

Jusqu’au 29 juin

Information : 819-820-1000