Le Big Bang explose au Musée des beaux-arts de Montréal

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L’art est-il cloisonné? Comment peut-on faire pour que tous les artistes qui nous font vivre des moments d’extase, chacun de leur côté, puissent se croiser dans un crescendo d’émotions? Pour que nous, admirateurs de ces arts disparates, puissions vivre simultanément ces intériorités créatives? Avec l’exposition Big Bang, vous serez comblés.  Le Musée des beaux-arts de Montréal a organisé une exposition mettant en relief la multitude des arts par la rencontre d’artistes de tous les horizons.  Cet événement a été initié dans le cadre de l’ouverture du nouveau pavillon d’art québécois et canadien Claire et Marc Bourgie du MBAM.

Vingt artistes, vingt visions
Exposition gratuite et festive, « Big Bang, c’est vraiment une ode à la liberté : cette exposition est une totale (re)création, un événement permissif et poétique, le musée devenant un lieu d’incubation artistique, sa collection s’offrant comme un open work. »  À l’instar de son nom, l’exposition Big Bang est une explosion de créativité.  Passant de l’art visuel à d’autres arts plus ou moins mouvants, comme la danse, le cinéma, le cirque.  Vous verrez, dans ce métissage des genres, ce que l’art a de pluridisciplinaire et d’ouvert sur le monde.  Vous constaterez que l’art peut rejoindre tout un chacun par la vingtaine d’artistes, certains de renommée internationale, qui ont accepté de se prêter au jeu du piratage d’œuvres dans l’intention de sortir aussi des sentiers académiques.  Se sont joints à ce collectif : Jennifer Alleyn & Nancy Huston (cinéma et littérature), Denys Arcand & Adad Hannah (cinéma et arts visuels), Melissa Auf der Maur (musique), Geneviève Cadieux (arts visuels), Marie Chouinard (danse), le Collectif Rita (design), Claude Cormier (design urbain), Jean Derome (musique), En masse (art mural), Pierre Lapointe & Jean Verville (musique et architecture), Renata Morales (mode), Wadji Mouawad (théâtre), Jeannot Painchaud (arts du cirque), Roland Poulin (sculpture), Michel Rabagliati (bande dessinée) et Gilles Saucier (architecture).

Rencontre entre les époques
Ces artistes de toutes disciplines ont fait équipes afin de réaliser des installations avec les œuvres du Musée.  Ils ont  mis à contribution leur imagination pour créer un dialogue avec les genres, les cultures et les individus.  Une installation, par exemple, a retenu mon attentive émotion : celle d’un crâne du Christ, fait par un artiste anonyme, datant du XIIe siècle faisant face à un mur de toutous multicolores.  Pour moi, cela représente le regard d’innocence que prônait Jésus; de l’enfant en soi qu’il faut cultiver.  Même si l’élan de cette rencontre entre les époques se veut une incitation à voir la différence entre le regard absent du crâne qui démontre la plénitude du passé versus la folle vie contemporaine;  ce qu’il y a de fabuleux dans l’art, c’est que chacun, avec son bagage, peut y voir son propre reflet.

Rencontre entre les genres
Que dire de la rencontre entre Jennifer Alleyn, dont les films sondent les mystères de l’art, primée à Cannes et au Festival international du film d’art de Montréal et Nancy Huston, écrivaine émérite, d’origine anglophone, mais écrivant en français? Jennifer  Alleyn s’exprime alors sur l’œuvre d’Edmond Allen doublée d’une bande audio de Nancy Huston.  L’installation émergeant de cette rencontre intitulée « Son plus cher désir/A few lost words ». Je ne peux résister à l’envie de vous faire lire les mots de Nancy Huston qui m’ont emporté dans un monde plein de fantômes et d’objets blancs : « Les objets sont entrés en entropie. Ils tournent dans l’espace en s’éloignant les uns des autres, comme les planètes et les constellations dans le cosmos… On dirait que la planète Terre elle-même a fait l’objet d’un attentat monstrueux… Qu’une bombe très, très intelligente est venue y détruire l’humanité exclusivement – cette erreur grossière, cet être-dans-le-temps, ce ver dans le fruit – tandis que, intacts, imperturbables, et même plutôt gais, les objets continuent de flotter dans l’espace. Et l’artiste de fouiller ces débris – lunettes, transats, grenouilles, rouleaux de peinture, pyramides, portraits de Freud ou de Proust, œufs sur le plat, paire de bretelles, ciseaux, parties du corps, tableaux – à la recherche, dit-il, de “a few lost words”. »

Riopelle et le cirque
Les arts du cirque ont aussi pris leur place dans une conjoncture presque magique entre Jeannot Painchaud, artiste acrobate et cofondateur du Cirque Éloize et un tableau de Riopelle.  J’ai vu dans cette réunion une parfaite harmonie entre les lignes du tableau et les bandes de tissus réparties dans la salle, projetant des artistes acrobates en mouvement.  Une expérience d’autant plus heureuse que mon attirance pour ce Riopelle et les arts du cirque m’interpelle dans leur vivacité et leur côté festif.

Couleur et noir et blanc
L’œuvre qui, par ailleurs, m’a le plus amusée fut la rencontre entre Denys Arcand et Adad Hannah : un fauteuil léopard inspirant au cinéaste Denys Arcand une mise en scène des plus ludiques.  Une installation qui nous invite sur ce canapé à contempler des gens dans des positions dignes d’un film de Fellini.   Des écrans autour du fauteuil, avec des gens silencieux, mais vivant.  Cela m’a fait l’effet d’y être en même temps que de ne pas y être.  Sentiment étrange d’autant plus attirant qu’il est interdit de s’assoir sur ce canapé.  Puis une création m’a laissé songeuse… Une salle peinte en entier en noir sur blanc…  L’inclusion de l’œuvre noir sur blanc du peintre A.R. Penk dans une murale exécutée pas le collectif d’artistes EN MASSE.  Leurs dessins d’une modernité flagrante entourant cette œuvre faisant foi d’un autre temps; une toile représentant la nature sauvage dans une représentation de la folie urbaine.

Le passé comme un trophée
Toutes ces rencontres m’ont fait comprendre comment l’art décloisonné peut nous donner à penser l’émotion sous toutes ses formes.  Concrétiser tout un monde nouveau flanqué du passé comme un trophée.  C’est avec ces initiatives que le monde pourra se renouveler dans une éclosion de créativité.  Au début fut le Big Bang, maintenant une nouvelle vague vient de prendre son envol dans une explosion de couleur, de son et d’image.

 

Le Musée des beaux-arts de Montréal

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