La Galerie Double V de Valcourt : être prophète en son pays
Par Marie-Chantale Poisson
Qui a le grand plaisir de discuter avec Wagna Celidon et Claude Poirier, propriétaires de la Galerie Double V de Valcourt, se rend vite compte qu’il a affaire à deux passionnés qui mettent tout leur coeur au service des artistes qu’ils représentent.
Si le nom « Double V » évoque d’abord l’initiale du prénom de Mme Celidon, c’est aussi la double Vision et la Volonté apportées par ses fondateurs. Wagna Celidon est joaillière de formation et a un esprit d’entrepreneure, tandis que Poirier est un artiste peintre scénique
qui se décrit plutôt plus familier avec le comme issu du domaine du communautaire et des OBNL. Tous deux partagent néanmoins le même désir : celui d’offrir des « œuvres contemporaines sensibles et accessibles », au coeur desquelles les arts visuels et les métiers d’art trouvent autant leur place.
À l’image de ses fondateurs, la Galerie Double V est un endroit chaleureux et intimiste. Dans l’ancienne maison résidentielle de Wagna Celidon, convertie en galerie, ils ont conservé les subdivisions d’origine où l’on peut déambuler à travers cinq pièces, incluant le « garage » (qui n’en porte que le nom) et apprécier les œuvres à un niveau d’intimité des plus enviables.
Comme bien des projets, cette idée d’ouvrir une galerie a été une suite d’événements non prémédités où toutes les pièces du puzzle se sont placées rapidement. Le tout a pris forme le jour où Wagna Celidon a fait appel à Claude Poirier pour l’aider à faire le home staging de sa maison de Valcourt qu’elle venait de mettre en vente. Alors que tous deux en étaient à contempler un grand tableau de Claude Poirier sur l’un des murs, Wagna Celidon admet avoir eu un petit pincement au cœur : « Le mur était tellement parfait pour accrocher un grand format! Plus on le regardait et plus ça nous semblait dommage de perdre cet espace et toute cette belle lumière qui l’habite. Petit à petit l’idée a germé : pourquoi on ne convertirait pas la maison en galerie? ». Par le plus heureux des hasards, la maison s’est avérée lotie en zone commerciale : le projet avait le feu vert sur toute la ligne. Quelques semaines mois de rénovations plus tard, la Galerie Double V ouvrait ses portes; nous étions le 18 décembre 2009.
Suite logique pour ces deux artistes qui rêvaient de créer un lieu d’échange et de créativité où se côtoieraient tous les genres. « On tient à rester flexibles par rapport aux projets qui nous sont présentés » dit Wagna Celidon. « On privilégie la démarche avant toute chose; on suit souvent nos coups de cœur tout en restant ouverts d’esprit; c’est ce qui nous a permis de faire des rencontres extraordinaires! »
Chez Claude Poirier et Wagna Celidon règne d’abord un grand respect et un amour profond pour les artistes et leur travail. « Pour nous la galerie est beaucoup plus qu’un lieu où l’on accroche des œuvres juste pour les vendre; c’est d’abord un lieu où l’on favorise la visibilité du travail » explique Claude poirier. « Ce qui m’intéresse le plus, c’est de m’investir dans un projet avec un artiste, de créer quelque chose avec lui. C’est sûr qu’on ne s’implique pas dans tous les projets de la même façon car il faut respecter l’individualité de chacun, mais c’est l’échange d’idées et cette solidarité entre artistes qui nous stimulent avant tout. ».
De fait, cette formule semble très appréciée puisque le carnet d’exposition est déjà complet pour 2011 et que les idées continuent de fuser de toute part. « On a une tonne de projets d’exposition en tête, c’est fou car c’est souvent les artistes eux-mêmes qui nous approchent » nous dit Wagna Celidon. Peintures, dessins, textiles, bijoux, cette année verra défiler une grande variété de projets. Que ce soit une collaboration avec une artiste basée à Haïti ou un projet multidisciplinaire alliant la musique à la photographie, de l’aménagement paysager et j’en passe… La Galerie Double V se veut rester un lieu libre où l’on fait fi des conventions. « On fait face à beaucoup de préjugés parce qu’on ose mélanger les arts visuels avec les métiers d’art » remarque Wagna Celidon. « Les gens associent souvent « métiers d’art » avec « pantoufles en phentex », malheureusement. Pour nous il n’y a pas de différence entre les deux genres : artisans et les artistes : ce sont tous des artistes qui ont tous une démarche artistique valable; c’est notre usage de leurs créations qui diffère».
L’an dernier la Galerie Double V a produit une quinzaine d’événements, dont une douzaine d’expositions, en plus de participer à de nombreuses activités dans le cadre des Journées de la culture, le circuit de l’Étend’art du Val-Saint-François, les salons des métiers d’art, etc. « On travaille très fort à attirer les gens en région. Même si on sent qu’on dérange un peu le milieu – après tout Valcourt reste une municipalité dont l’économie est basée sur sa production industrielle – on est bien supportés soutenu par la Ville et on travaille à développer des partenariats avec les organismes régionaux afin de créer un réseau plus solide et dynamique » raconte Wagna Celidon.
La Galerie Double V est entièrement autonome. « On n’a tout simplement pas le temps et l’énergie à consacrer à remplir des demandes de subventions sans fin. De toute façon les critères sont si pointus qu’on n’entre dans aucune catégorie » lance Wagna Celidon en riant. Si la première année d’opération a été couronnée de succès personnels, cette deuxième année leur demandera une gestion plus ordonnée. « Maintenant que nous avons trouvé notre voix, nous devons nous projeter dans l’avenir et être plus structurés pour diriger nos énergies au bon endroit. Nous avons pris quelques décisions financières qui font en sorte que nos formats d’exposition sont mieux définis et les conditions sont plus claires ». Ainsi la Galerie offre-t-elle différentes formules d’exposition, telle que la « parenthèse » : pour les artistes désireux de tester de nouvelles œuvres ou des séries sur une courte période de temps (sans vernissage); les « solos » : accrochés habituellement sur une période de 6 fins de semaines; ou encore les œuvres individuelles accrochées sur des périodes allant de trois à douze mois. Poirier Claude ajoute : « C’est important pour nous de rester accessibles. Cette année on va se concentrer sur des plus petits formats, qui sont plus accessibles pour les collectionneurs, et prouver qu’un artiste peut avoir du succès localement. » Rien de moins.
Quand on considère qu’en plus de gérer la galerie – un emploi à temps plein en soi – tous deux occupent un emploi à Montréal pour gagner leur vie et continuent de travailler sur leur propre production artistique (Poirier Claude participera sous peu à deux expositions à Londres et New York avec la galerie Artêria); on comprend que c’est la passion pure et une créativité sans borne qui animent Wagna Celidon et Claude Poirier. La Galerie Double V mérite définitivement le détour, tant par la qualité et la diversité des œuvres présentées que la vitalité contagieuse de ses deux fondateurs.
La Galerie Double V est ouverte le vendredi de 15h à 21h et les samedi-dimanche de 11h à 17h.



