Jacqueline Plante : couleurs et joie de vivre
Par Marie-Chantale Poisson
J’ai eu le grand plaisir de rencontrer Jacqueline Plante par une belle journée de printemps, à son atelier de Sherbrooke. Je dis atelier même il s’agit d’une maison car bien qu’un espace atelier ait été aménagé au premier étage, à peu près toutes les pièces ont été converties en espace de travail ou d’entreposage. Déambuler dans cette maison, c’est entrer au cœur de sa vie.
Jacqueline Plante est avant tout une peintre et une graveuse (principalement la lithographie sans eau et la collagraphie) en plus d’être sculpteure, restauratrice de chaises (qu’elle peint ensuite), dessinatrice, encadreuse, fabricante de bijoux, passionnée de jardinage et j’en passe. Toutes ces activités sont souvent groupées par périodes qu’elle appelle ses « crises » : « Habituellement j’ai une crise de gravure après les fêtes, au printemps je tombe dans le jardinage, ensuite c’est la peinture (…) dernièrement j’ai eu une crise d’encadrements car je prépare une exposition, ensuite ce sera autre chose ».
« Prolifique » n’est pas exagéré, car en plus de sa production personnelle, elle s’intéresse de près à celle des autres : elle est une sérieuse collectionneuse, comme en
témoignent ses murs couverts du plancher au plafond, et les milliers d’œuvres accumulées depuis son arrivée à Sherbrooke en 1997.
À voir tout le travail accompli et les projets à venir – dont une rétrospective au Musée Laurier prévue pour le printemps prochain, on pourrait croire que Mme Plante est l’un de ces êtres étourdissants qui ne peuvent tenir en place et nous épuise juste à les voir aller mais ce n’est pas le cas. De l’énergie sans borne elle en a, après tout on ne peut pas tenir une longue carrière en enseignement des arts sans cela. Mais on sent aussi chez elle un grand plaisir pour la contemplation et le bonheur simple d’être absorbée dans un travail manuel, de goûter le moment présent. Elle travaille comme elle respire, naturellement…
Et on doit parler de la nature, qui a toujours occupé une place prépondérante dans sa vie et dans son art. Jacqueline Plante a grandi sur une ferme dans la région de Victoriaville : « Je suis la 2e d’une grande famille de 11 enfants; chez-nous tout le monde a un côté créatif qui s’exprime de façons différentes ». Dans les années cinquante, les choix de carrière pour une jeune femme éduquée étant restreints, elle opte pour l’enseignement puis quelques années plus tard, elle poursuit à Québec une formation en beaux-arts. Ceci la mènera alors à l’enseignement des arts à Québec d’abord, puis au cégep de Rouyn par la suite et où elle travaillera pendant quinze ans. Suite à sa retraite en 1993, elle prend la décision de s’installer à Sherbrooke en 1997, pour être plus près de sa sœur notamment.
Depuis, elle a sauté à pieds joints dans la communauté artistique et se sont multipliés les expos, les collaborations, les projets. Sa collection personnelle a également pris de l’ampleur. « C’est ma façon d’encourager les artistes. Je trouve dommage qu’il soit aussi difficile de vivre de son art, j’essaie de faire ma part mais les gouvernements devraient nous aider plus que ça! ». Sa part, elle l’a fait à un point tel qu’elle manque maintenant d’espace dans sa propre maison, ce qui l’a décidée à
en faire don à un musée. C’est au Musée Laurier de Victoriaville que revient ce don généreux. « J’aimerais que ma collection soit prise en un seul lot mais comme tous les musées, ils n’ont pas l’espace nécessaire pour tout prendre! On est en train de voir ce qu’on peut faire » dit-elle avec un certain regret. C’est aussi au Musée Laurier qu’aura lieu une rétrospective de son œuvre au printemps prochain. Pour l’occasion, l’artiste a débuté la pré-sélection des œuvres et a même déjà produit à ses frais le petit fascicule qui l’accompagnera. Jacqueline Plante n’est pas du genre à attendre que les choses soient faites. « Je n’ai jamais attendu après les subventions non plus. Dans ce milieu c’est plus facile de tout faire soi-même » conclut-elle en riant. C’est bien là l’image qui persiste après une conversation avec elle : une artiste dont la créativité n’a d’égal que son courage et sa joie de vivre.
Jacqueline Plante exposera de ses magnifiques chaises peintes au Centre Culturel de Magog (Creatio) du 6 au 24 juillet, dans le cadre de l’exposition « Été divers 2011 ». Elle est également membre de Zone-Art, aussi ne manquez pas de visiter son profil!
Marie-Chantale Poisson est restauratrice d’œuvres d’art spécialisée dans la peinture et la sculpture. N’hésitez pas à lui faire parvenir vos questions et commentaires à mcp@mcpconservation.com



