Écotone II : interaction obligée
Par Roxanne Guillemette
La nouvelle exposition d’Isabelle Gilbert fait beaucoup jaser. En effet, les thèmes qu’elle aborde sont tout à fait contemporains et d’actualité : Écotone II est fortement inspirée par le rapport qu’entretient l’homme avec la nature et leur influence mutuelle.

Écotone II pose un regard sur l’espace d’interaction entre la nature et la technologie. L’utilisation de la photo et de matériaux recyclés d’Écotone II rappelle les cycles de consommation et d’usure et questionne notre surconsommation. Dès son arrivé, le visiteur est hypnotisé par l’énorme vague de trois mètres qui ondule doucement au rythme d’un ventilateur. L’oeuvre constituée d’une photo imprimée sur tissus expose des clichés pris lors de la collecte des gros rebuts et rappellent la quotidienneté de la surconsommation. À quelques pas de la vague, d’autres installations photos dévoilent les traces que la nature laisse sur l’homme, tandis que d’autres œuvres lumineuses exposent les traces que l’homme laisse sur la nature. L’iconographie d’Écotone II suggère le perpétuel combat territorial entre l’homme et l’environnement : là où l’homme construit un barrage, la végétation s’immisce. De fait, l’exposition d’Isabelle Gilbert cadre tout à fait avec les préoccupations environnementales actuelles. Mais Écotone II ne se résume pas qu’à ses thèmes environnementaux : la sensibilité esthétique d’Isabelle Gilbert se retrouve à chaque détour, créant des compositions équilibrées et lumineuses ainsi qu’un ensemble harmonieux.
Si l’exposition Écotone II fait réfléchir, elle nous interpelle également par une interaction forcée. Lorsque le visiteur est confronté à Forêt gonflable, il est immédiatement surpris par la forêt de plastique qui se gonfle devant lui et qui, part le fait même, devient la toile de fond d’un diaporama où s’étalent déchets, rebuts et détritus. Un détecteur de mouvement capte l’entrée du visiteur, ce qui occasionne le gonflement des arbres de plastiques. L’installation amène l’observateur à saisir l’effet de sa présence et de ses gestes sur l’œuvre d’art. Du coup, l’installation thématise et concrétise le rapport de cause à effet que l’homme entretient avec son espace immédiat : de par sa simple présence, l’observateur modifie l’œuvre, tout comme la présence de l’homme modifie le paysage environnemental. Comme un écho, l’installation Forêt gonflable établit un parallèle entre l’interactivité de l’art et l’interactivité de la nature. Bien que les œuvres d’art, particulièrement celles exposées dans les galeries et les musées, puisse parfois intimider l’observateur et le mettre à distance, certaines oeuvres, comme Forêt gonflable, forcent l’observateur à agir et à interagir. Devant Écotone II, impossible de rester passif…



