Claude Robinson : le coût du plagiat

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L’auteur Claude Robinson a fait trembler le domaine de la propriété intellectuelle au Québec lorsqu’il a découvert le scandale des prête-noms à Cinar en 1999. Depuis maintenant 14 ans,  il se bat contre ceux qui ont copié son œuvre, Robinson Curiosité. Au cours de cette longue saga, des documents ont disparu, d’autres ont été falsifiés et des témoins ont menti. Deux enquêtes criminelles de la GRC se sont terminées en queue de poisson.

Le commencement
Le 8 septembre 1995, Claude Robinson reconnaît son personnage Robinson Curiosité (renommé Robinson Sucroë par ses plagiaires) sur les ondes de Canal Famille. En fait, il se reconnaît lui-même puisqu’il avait créé ce personnage à son image. Son univers bascule: «J’étais knock-out, a-t-il confié lors de son témoignage à la Cour Supérieure. J’étais plus capable de parler au monde. Au restaurant, je me suis mis à brailler de façon incontrôlable. Ces gens-là me connaissaient personnellement. Ils n’ignoraient pas que je m’étais investi là-dedans. Il y avait une réflexion profonde et un engagement personnel de ma part. C’est la profondeur de la cruauté de mes adversaires que je trouve effrayante.»

Treize ans plus tard
Robinson a remporté l’an dernier une spectaculaire victoire de 5,2 millions contre Cinar, Ronald Weinberg et feu Micheline Charest, ainsi que France Animation et celui qui prétend être l’auteur de la série Robinson Sucroé, le Français Christophe Izard. Le juge Claude Auclair lui a donné raison entièrement, estimant qu’on avait plagié sa série. Avec les intérêts sur 14 ans, la condamnation «vaut» à peu près 10 millions.

Selon le juge Auclair, parlant des adversaires de l’auteur : «Leur conduite des affaires est basée sur la tricherie, le mensonge et la malhonnêteté. Ils n’hésitent pas à trafiquer les contrats afin d’en gonfler les coûts de production pour obtenir des subventions et modifier les pourcentages de leur participation afin de se qualifier en vertu de la convention bilatérale France-Québec.»

Sur les 5,2 millions obtenus par Robinson, il y a 1,5 million qui va aux honoraires. Le juge Auclair a en effet décidé de condamner Cinar et compagnie à payer les frais d’avocat de Robinson, ce qui est exceptionnel. Ne pas condamner Weinberg et les autres à payer les honoraires serait un encouragement aux «tricheurs» et aux «menteurs» à «perpétuer leur conduite immorale et leurs manœuvres illégales en toute impunité», de dire le juge Auclair. Qui, en effet, est assez riche et obstiné pour se battre pendant 15 ans contre des multinationales?

Où en est Robinson?
Quand on parle à Claude Robinson, on ressent immédiatement le découragement et le dégoût de cet homme pour la justice telle qu’on lui a servie : «On a de bonnes lois sur le droit de l’auteur, le problème c’est qu’on a pas de justice. Ceux qui en ont les moyens peuvent se payer le droit à la justice. Si c’était à refaire, je n’irais sûrement pas. Je n’aurais jamais crû que le mensonge pourrait aller si loin en cour de justice.»

Aux artistes qui voudraient revendiquer leur droit de propriété après avoir été copié, Robinson dit : «Ne faites pas comme moi, c’est peine perdue et vous y laisserez votre chemise, vous aussi. Que je vous serve de leçon.» Même si, pour le moment, il a gagné, Robinson est un homme brisé. Le feu sacré qui en faisait un artiste réputé, s’est éteint : «Je n’ai plus le goût d’écrire et, surtout, je ne m’intégrerai plus jamais dans l’industrie culturelle telle qu’elle fonctionne présentement. Si je continue à créer, ce sera par une autre voie.»

En appel
Mais voici que l’affaire se transporte en Cour d’appel, où elle ne sera entendue qu’à l’été 2011. Trois juges, qui auront relu tout le procès, écouteront les arguments des avocats pendant quelques jours à l’été 2011. Ils diront s’il y a des erreurs qui justifient de réviser le jugement contre untel ou untel ou de tout annuler.

Claude Robinson reste un homme sans le sou contre des gens qui ont les moyens de l’épuiser financièrement. Mais le plus difficile est derrière lui. Un juge lui a donné raison sur les faits. La fraude. La tricherie. Le plagiat. Le juge Auclair s’est prononcé en détail sur la crédibilité des témoins. Or, la Cour d’appel, qui n’entend pas les témoins, ne se mêle pas normalement de rejuger les faits.

Sa guerre n’est pas finie. Mais Claude Robinson est dans une très bonne position, bien meilleure que dans les 15 dernières années, en fait. Un groupe s’est donc constitué pour soutenir financièrement la cause de M. Robinson. Vous pouvez visiter le site clauderobinson.org. Parce que, évidemment, interjeter appel, ça coûte cher, d’autant plus que de deux qu’ils étaient, les avocats contre lui sont maintenant au nombre de quatre, et pas des moindres.

 

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